«Planter les ponts», une première en Egypte !

Hanaa Khachaba Mardi 07 Janvier 2020-14:53:02 Chronique et Analyse
«Planter les ponts», une première en Egypte !
«Planter les ponts», une première en Egypte !

Un nouveau réseau de ponts s’installe au Caire, précisément à Héliopolis. Ce quartier est reconnu tant en Europe qu’en Egypte comme l’un des ensembles urbains contemporains parmi les plus cohérents et les mieux conservés de la métropole cairote. Cette création urbaine doit son existence au baron Edouard Empain qui décida la création ex nihilo d’une ville nouvelle qui accueillerait un habitat bourgeois construit aux normes techniques, fonctionnelles et sanitaires européennes, où l’on bénéficierait du soleil à profusion et de l’air pur. L’endroit choisi se situe à dix kilomètres au nord-est du Caire dans son extension de l’époque. Aujourd’hui, Héliopolis change de peau, soulevant des craintes et ravivant des espoirs.

 

 

De nombreux citoyens se sont réjouis de la construction de nouveaux ponts dans ce quartier riche, estimant que ces nouveaux ouvrages faciliteraient la circulation des véhicules et diminueraient l’intensité du trafic dans leur quartier. Ce qui compte d’ailleurs pour eux est la conservation de l’aspect architectural qui distingue leur quartier des autres régions. Pas mal d’habitants d’Héliopolis se sont d’abord indignés à la vue de ces géantes constructions à cause des travaux et des encombrements qui en résultent : des routes fermées, des délestages, des tours et des détours à s’en perdre !

Or, le résultat final qui les attend vaut sans nul doute ces longues semaines de patience et de…corvée. Héliopolis, n’étant plus comme avant, ce havre de tranquillité et de paix, éloigné du vacarme et de la pollution du centre-ville de la capitale, peine aujourd’hui à assimiler ces flots de véhicules qui traversent le quartier au fil de la journée. La démographie a certainement changé, créant une nouvelle réalité qui exige des solutions radicales aux bouchons quasi-quotidiens et omniprésents. D’où l’idée d’améliorer l’infrastructure du quartier qui a depuis toujours abrité la bourgeoisie autochtone et cosmopolite.

La principale problématique était donc de conserver l’aspect architectural d’Héliopolis en y introduisant cet air de modernisme « bétonné ». On ne voulait surtout pas fâcher une population habituée depuis longtemps à vivre dans un espace serein, entouré de verdure, la création du baron Empain. L’installation de ces ponts a entraîné inéluctablement le déboisement de certaines zones, sans oublier les travaux de construction à grand fracas. Un quotidien qui a été chamboulé du jour au lendemain.

Néhad, une femme âgée de 63 ans, habite Héliopolis depuis sa naissance. «J’ai plein de souvenirs dans ce quartier. J’ai passé mon enfance, mon adolescence ici. Je me suis même mariée dans ce quartier que je n’ai jamais quitté », confie la sexagénaire d’un ton nostalgique. Puis, elle s’interrompt soudainement lorsqu’elle se souvient que les vastes espaces verts qui caractérisaient son quartier vont devoir diminuer mais que….à sa grande surprise les nouveaux ponts seront plantés ! « Oui, oui, je les ai vus de mes propres yeux ! Des ponts en béton décorés avec une verdure à notre grand bonheur », s’exclame-t-elle, ravie.

Quant à Naglaa, une mère de deux enfants, elle considère ces nouveaux ponts comme une bouée de sauvetage pour les habitants d’Héliopolis, surtout pendant la période scolaire où les embouteillages lui font perdre une moitié de la journée en tentant de chercher des raccourcis pour rentrer chez elle de l’école de ses enfants. « Je crains toutefois que ces charpentes de béton enlaidissent mon quartier que j’aime beaucoup », lâche Naglaa, en disant qu’Héliopolis a toujours été connu pour ses arbres et ses grands espaces verts. Elle souhaitait d’ailleurs que ces ponts soient remplacés par des tunnels. Or, dit-elle « Quand j’ai lu les journaux, je me suis rendue compte que le coût des tunnels est considérablement plus élevé que les ponts, d’autant que j’ai lu aussi que les responsables de ce projet gigantesque travaillent dans le sens de réduire les coûts au maximum en recyclant les anciennes infrastructures qui ont dû être démontées, comme le fameux tramway d’Héliopolis ou autres.

Le vice-gouverneur du Caire pour la région Est, Ibrahim Saber, a affirmé que la plantation des ponts est une nouveauté en Egypte. « Nous envisageons de planter les nouveaux ponts d’Héliopolis et de Gesr Al-Suez, dans le cadre du plan de modernisation des places principales et des régions à forte densité routière », explique M. Saber, indiquant que ces projets d’infrastructures visent à faciliter la vie de la population. « Je comprends que ces ouvrages sont laids du point de vue de pas mal de citoyens », renchérit le responsable, avant de continuer « c’est précisément pour cette raison que nous tenons à embellir le béton avec de la verdure. Ce n’est pas uniquement pour l’esthétique, mais la dimension écologique est aussi prise en compte », dit-il. Il a fallu compenser les espaces verts gâchés à cause des travaux de construction de ponts. Les arbres enlevés ont de nouveau été replantés dans d’autres endroits dans la mesure où ils n’entravent pas la construction. En plus, ces géantes charpentes bétonnées seront dotées de dispositifs d’arrosage.

 

L’importance et la fonction des ponts

On peut se poser la question sur l’influence des ponts sur notre vie quotidienne et aussi sur leur véritable rôle à part celui de permettre de franchir un point à un autre. En Egypte, les ponts ont un effet magique, celui de vous faire éviter des bouchons monstres, que ce soit sur une courte ou longue distance. Ici, les ponts sont pour les automobilistes ce qu’un bistouri est pour le chirurgien !

Quand on lit l’histoire des ponts, on peut les trouver sous différentes formes et dans toutes les tailles. Ils servent à rassembler les communautés et dynamiser la vie quotidienne. On retiendra par exemple le pont de Brooklyn qui a permis à la ville de New York de devenir le poumon économique des Etats-Unis. On remarque qu’aujourd’hui le pont est traversé par plus de 137 500 véhicules chaque jour, et plus d’un million de personnes y passent à pied ou à vélo tous les ans. Quand on regarde en matière de taille, la Chine bat tous les records avec le pont Haiwan qui est devenu depuis 2011 le plus long pont maritime au monde. L’Egypte a aussi fait son entrée dans le livre Guinness des records avec son pont à haubans Tahya Misr « Vive l’Egypte », le plus large au monde, avec 64,70 m, qui enjambe le Nil pour relier le quartier de Choubra à celui de « Guezirat Al-Warrak » dans la capitale égyptienne. Ce pont comporte aussi une partie mobile pour le passage des bateaux, dont notamment les hôtels flottants sur une largeur de 300m, la plus grande sur le Nil. Le pont offre aussi à ses visiteurs une promenade agréable sur une allée en verre, depuis laquelle ils pourraient observer le majestueux fleuve couler sous leurs pieds ! Le pont Tahya Misr est long de 540m et repose sur six piliers d’une hauteur de 96m, tandis que le poids de sa structure métallique supérieure est de 10 mille tonnes.

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